SI JEAN ROUCH ETAIT ENCORE LA …

LE « Blog documentaire » parle de nous :

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23 décembre 2011

GUADELOUPE / LES ATELIERS VARAN INVESTISSENT DANS LE WEB DOC !

Le Blog documentaire : Qu’est-ce qui a poussé les Ateliers Varan à mettre en place un stage sur le webdocumentaire ? Et pourquoi en Guadeloupe ?


Les Ateliers Varan : Depuis 30 ans, les Ateliers Varan sont présents sur le “front” de la formation au documentaire avec une idée simple inventée par Jean Rouch : apprendre à faire du cinéma par la pratique à de jeunes cinéastes à travers le monde pour qu’ils puissent rendre compte de leurs propres réalités.  Il était donc logique que Varan s’intéresse aux évolutions récentes de l’expression documentaire, aux nouveaux enjeux de sa diffusion et au webdocumentaire en tant qu’il revendique sa filiation à un genre cinématographique que nous défendons ardemment depuis longtemps, et aussi pour les perspectives qu’il ouvre aux jeunes cinéastes du monde entier avec lesquels nous travaillons.

Si Jean Rouch était encore là, nul doute qu’il se serait intéressé au webdocumentaire !

Cette réflexion a coïncidé avec la proposition d’Ana Maria de Jesus de développer des formations au webdocumentaire qui soient basées sur ses années d’expérience et d’engagement. Cette ancienne stagiaire de Varan a notamment réalisé le webdocumentaire Thanatorama.com dès 2007.

Sylvaine Dampierre, réalisatrice et membre de Varan particulièrement attachée à la Guadeloupe par ses origines et son travail récent (long-métrage documentaire “Le pays à l’envers” sorti en 2009), développe depuis des années des projets de formation au cinéma documentaire avec Gilda Gonfier, directrice de lamédiathèque du Gosier et présidente de Varan Caraïbe. Ce travail en amont nous a permis de démarrer l’expérience là-bas.

Il nous semble que le champ du web documentaire, largement investi par les journalistes et les photographes, représente pour les cinéastes, à la faveur de la démocratisation que représente ce nouveau moyen diffusion, un large champ d’expérimentation et d’expression. De même que le documentaire a su lutter en marge du marché, pour continuer à inventer et atteindre son public, contribuant par cette résistance à irriguer les formes du cinéma contemporain, il est encore temps pour les cinéastes d’investir le champ du webdoc pour y renouveler leur langage, leurs modes de narration, porter leur regard sur le monde et atteindre les spectateurs, où qu’ils soient.

En Guadeloupe particulièrement, où les désirs de cinéma et la carence de regards portés sur ses propres réalités sont très forts, le webdocumentaire est un outil privilégié pour contourner l’insularité et l’enclavement culturel : arriver sur ce terrain fertile où presque tout est à faire avec une formation innovante et un accès direct  à la diffusion, nous semblait parfaitement approprié. De plus, nos stagiaires sont jeunes et utilisent déjà le Net dans leurs pratiques artistiques, la musique notamment, nous leur offrons l’opportunité de se professionnaliser : l’internet a d’énormes marges de développement en Guadeloupe (y compris en terme de débit et d’équipement public) et la démarche documentaire a également une vraie raison d’être.

Comment ce stage a-t-il été construit ? Et comment s’est-il déroulé ?

Au départ, c’était une gageure : offrir à un prix raisonnable (accessible aux ayant droit à la formation professionnelle et aux demandeurs d’emploi) une formation aussi complète que possible. Le but, comme toujours à Varan, est de rendre les stagiaires autonomes par rapport à la maîtrise des outils techniques et aux contingences de production.

Dans ce cas, il fallait mener de front une formation technique complète et une initiation à la réalisation qui permettent à chacun d’aller au bout d’un projet de film. De plus, nous avions à cœur que l’expérience se solde par la mise en ligne d’un objet riche et divers, qui puisse prendre sa place sur la scène du webdoc : il fallait que la Guadeloupe puisse être dignement représentée. C’est pourquoi nous nous sommes orientés vers un webdoc collectif.

Nous nous sommes très vite rendus compte que le temps était très court (les stages équivalents que nous mèneront à Paris au mois de juin seront de 5 semaines et non de 4). Il a donc fallu mettre les bouchées doubles, et moduler nos ambitions pédagogiques en fonction des niveaux très disparates d’un groupe important, de 9 personnes. Au final, c’est l’aboutissement du projet qui donne son sens à l’expérience. Chaque membre du groupe peut se prévaloir de la fabrication de “De Cases en Kaz“, et l’énergie qui se dégage de l’ensemble est indéniable.  Nous avons déjà prévu un deuxième niveau l’année prochaine qui permettra aux stagiaires de se spécialiser en option réalisation ou graphisme/programmation à partir de projets individuels cette fois.

Quels outils techniques ont été utilisés pour fabriquer “De Cases en Kaz” ?

Nous avons eu la chance de travailler dans des conditions exceptionnelles. Chaque stagiaire disposait d’une station Mac récente et performante et ce grace à des entreprises locales qui nous ont encouragés et apporté leur soutien (merci à Gilles Magnoux au passage). Pour ce qui est de l’enseignement technique, nous savons qu’il est indispensable. Il nous semble impossible de concevoir un webdocumentaire sans connaitre les techniques de publication en ligne. Nous avons donc intercalé dans la formation classique de Varan qui comprend des analyses de films, des tournages et des projections collectives de rushes, et des cours purement logiciels (photoshop, flash). Le webdocumentaire étant à peu près inconnu en Guadeloupe, il fallait commencer par convaincre nos stagiaires de l’utilité de la formation (ce qui a été la partie la plus difficile de l’expérience). Alors nous avons commencé par leur montrer des outils qui leur permettaient d’obtenir un résultat direct. Nous avons récolté une bonne poignée de blogs wordpress qui étaient déjà l’expression d’un besoin de communication et la preuve d’une vie artistique de qualité.

Quelles étaient les intentions – narratives, esthétiques… etc. – des différents stagiaires ? Et comment sont-ils parvenus à s’entendre sur une version finale commune ?

Le principe d’un webdoc collectif était posé depuis le départ, mais les stagiaires avaient été sollicités en amont pour définir leurs propositions. Plusieurs d’entre elles tournaient autour de la question des identités guadeloupéennes. Une question toujours brûlante dans l’île. Ce fut donc notre point de départ, que les discussions au sein du groupe ont rapidement fait dériver vers l’enjeu de l’habitat : être Guadeloupéen c’est habiter cette terre, comme en écho à tous ces gens d’ailleurs qui n’ont cessé d’y arriver et de s’y installer, qu’ils furent esclaves, colonisateurs ou voyageurs. Ça a sans doute constitué un cadre assez contraignant pour certains, mais les contraintes sont formatrices! Et au final, les membres du groupe – et les spectateurs – semblent se reconnaître dans ces visions subjectives et intimes de leur pays.

Quelles ont été les plus grandes difficultés qu’ils ont pu rencontrer dans la réalisation de “De Cases en kaz” ?

Le manque de temps sans doute! Ce stage d’un petit mois n’a pas permis à tout le monde de tout assimiler, mais le but d’un stage est aussi de former au travail d’équipe, d’encourager les collaborations futures, l’entraide, l’envie de continuer à travailler ensemble. Nous avons l’ambition d’initier et de continuer à former des équipes pluridisciplinaires en Guadeloupe, qui seront autonomes et solidaires.

Quid de l’interactivité du web documentaire, finalement assez peu développée ici par rapport à d’autres “récits multimédia” ? Est-ce un choix d’écriture ou une nécessité technique ?

Nous voulions placer la video au centre du dispositif, proposer des contenus qui se regardent comme des films autonomes et se complètent dans une proposition cohérente. Dans l’expression “webdocumentaire”, c’est la partie documentaire au sens cinématographique du terme que nous entendions privilégier. Nous proposons au spectateur de partir à la découverte de ces regards nouveaux portés sur une île trop méconnue. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que nous sommes dans un contexte pédagogique, avec des grands débutants tant au niveau de la réalisation que de la conception webdoc.

Dans ce contexte, la simplicité formelle est la meilleure des solutions, elle permet de se poser en premier lieu les bonnes questions, celles de l’adéquation de la forme et du fond, celle de la sincérité du regard, du rapport aux personnes que l’on filme, de la définition d’un point de vue, de l’engagement que représente la réalisation ; autant de fondamentaux qu’il est inutile de cacher sous le tapis d’une forme trop complexe. Cela dit, le renouvellement des formes narratives est un des grands enjeux du webdocumentaire, et les avancées convaincantes dans ce domaine ne sont pas si fréquentes : nos stagiaires et nous mêmes avons encore une large marge de progression !

Pour conclure, les Ateliers Varan comptent-ils poursuivre leurs efforts en direction du webdocumentaire ? (si oui, comment ?)

Oui, c’est certain. D’abord à travers un stage à Varan Paris en juin prochain (précisions ici), pour lequel les inscriptions sont ouvertes.

Mais l’expérience a vocation à s’étendre à tous les ateliers Varan créés à l’étranger. Nous voulons saisir avec le webdocumentaire, l’opportunité de doter les cinéastes que nous formons d’un nouveau moyen d’expression de diffusion et d’échange. Il va nous falloir trouver les moyens de cette ambition, afin de pouvoir mettre en ligne un jour prochain des nouvelles fraîches de Kaboul, du Caire ou du Viet Nam sous cette forme et pourquoi pas de fédérer tous ces webdocumentaires sur une plateforme commune :  les Ateliers Varan comme autant de fenêtres ouvertes sur le monde.

Propos recueillis par Cédric Mal.

Les précisions du Blog documentaire

1. Les Ateliers Varan ont été créées en 1981 à Paris suite à l’expérience menée par Jean Rouch et Jacques d’Arthuys au Mozambique. On avait alors demandé au cinéaste ethnologue et à l’attaché culturel de l’ambassade de France de filmer les mutations du pays en cours en 1978 ; ils avaient préféré former de jeunes Mozambicains à la réalisation documentaire pour leur permettre de filmer leurs propres vies.

De cet acte fondateur est née cette école française de cinéma aujourd’hui présente en Afghanistan, enAlgérie, au Maroc, au Vietnam, en Serbie ou encore au Mexique. Les stagiaires y apprennent partout l’art cinématographique par un enseignement basé sur la pratique.

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